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L’INTEGRATION DE LA PREVENTION DES RISQUES NATURELS DANS LES STRATEGIES DE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL

Posté par: THIANDOUM Daouda| Lundi 24 août, 2015 13:08  | Consulté 1667 fois  |  0 Réactions  |   

Sur le plan international, le Sénégal à l’instar de la plupart des pays de la planète a ratifié des Conventions cadres des Nations Unies sur le Climat. Sur le plan national, les nouveaux paradigmes introduits par la réforme dénommée l’Acte 3 de la décentralisation à savoir la Territorialisation des politiques publiques ainsi que le Développement territorial viennent renforcer le pouvoir des Collectivités locales et la pertinence de s’appuyer sur les potentialités concurrentielles de chaque territoire pour un développement viable et durable. Pour ce qui est du Plan Sénégal Emergent (PSE), son pilier 2 qui porte sur le Capital humain et le Développement durable a dégagé de grandes orientations pour le devenir environnemental du Sénégal.  Le Cadre de SENDAI pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2020 qui vient d’être adopté par la Conférence Mondiale des Nations Unies a préconisé clairement l’autonomisation des Collectivités locales et les communautés locales pour la prévention des risques de catastrophe.

Au Sénégal, les inondations, l’érosion marine et côtière, la salinisation des sols, les incendies constatées souvent dans les zones marchandes, les glissements de terrain…sont à l’origine de grandes pertes économiques et humaines.

Dès lors, la prévention de tels risques interpelle l’Etat, et les Collectivités locales à peaufiner des stratégies avant, pendant et après le déclenchement d’un aléa.

Dans le cadre de cette réflexion, il nous semble important de s’accorder sur la compréhension des concepts et notions utilisés. Vu le rôle et la place de l’Aménagement du territoire dans la compréhension générale du sujet, nous allons chercher à le circonscrire ainsi que d’autres dans les lignes ci-dessous.

Aménagement du territoire, « C’est la recherche dans le cadre géographique d’un pays, d’une meilleure répartition des hommes en fonction des ressources naturelles et de l’activité humaine », EUGENE CLAUDIUS PETIT

Dans cette définition, nous pouvons retenir: la justice spatiale (correction des déséquilibres), l’exigence économique et la spécialisation fonctionnelle des territoires.

Aménagement du territoire, «  L’aménagement du territoire a pour finalité, à la fois, de promouvoir la mise en valeur des ressources régionales et d’améliorer le cadre de vie et les conditions d’existence des habitants, en atténuant les disparités régionales de développement économique et social par une organisation prospective de l’espace, reposant sur une orientation volontariste et concertée des équipements et des activités » ANAT

Dans celle-ci, c’est plutôt la promotion du développement territorial, la justice spatiale et la prospection participative.

Développement Territorial, «  La naissance de la notion de développement territorial renvoie à de multiples acceptions possibles du développement et relève de diverses définitions possibles du territoire. Il est maintenant admis qu'elle élargit, diversifie et approfondie celles de développement local, de développement régional, d'aménagement du territoire, voir les dépassent. (Pecqueur (B.), 1994), Développement Territorial, « Plus qu’un système productif territorialisé, un territoire en développement est une stratégie collective qui anticipe les problèmes et secrète les solutions correspondantes » (Greffe (X.), 2002, p. 97). Risques naturels, « Un risque naturel découle de la conjonction d’un aléa non maîtrisé ou non maîtrisable et de l’existence d’un enjeu (personnes, biens ou environnement ». Larousse 2015 Prévention des risques, « Elle consiste à réduire les conséquences économiques, sociales et environnementales d'un développement imprudent de notre société, c'est-à-dire à limiter les enjeux dans les zones d'occurrence du risque, mais également à réduire la vulnérabilité des enjeux déjà existants ». Larousse 2015

Qu’est-ce qui explique la vulnérabilité des territoires?

Philippe Thiard disait « tout part, revient et repose sur le territoire ». Au Sénégal, le pays manque et souffre d’une loi d’orientation sur l’aménagement du territoire de l’indépendance à nos jours. Aucune obligation juridique comparable au visa de localisation (n’existe plus) ne pousse les acteurs territoriaux à recourir aux services de l’aménagement du territoire.

Pour ce qui du Code de l’Urbanisme, nous relevons une faible application. Il a été établi pour organiser la vie en ville. Il encourage les communes à se doter d’outils de planification spatiale à travers l’élaboration de plans stratégiques (PDU, PUD, PUR...),  d’opérationnels (ZAC, rénovation, restructuration…). Au Sénégal, avant l’Acte 3 de la décentralisation, -30% des communes disposaient de PDU (Plan Directeur d’Urbanisme) et aujourd’hui il devient très simple de se dire qu’avec la Communalisation intégrale, le pourcentage tourne vers 95%. Et pour les communes qui en ont, un autre problème se pose lié au respect strict des orientations définies.

De plus en plus DONC, les lotissements se font dans des espaces non appropriés, les actions sur le territoire se réalisent au bon désir de l’élu local sans recourir à un outil consensuel de planification locale. Les Collectivités locales partagent cette compétence avec l’Etat mais elles souffrent d’une carence de ressources humaines compétentes dans ce domaine. Ne nous étonnons pas des inondations, des diverses pollutions, de l’effondrement de bâtiment, d’incendies dans les marchés, de rupture des infrastructures routières notamment, des difficultés dans les modes de déplacement, d’absence de VRD, de zones de détente et de loisir….dans les Collectivités locales.

Au niveau Etat, la Direction de la Protection Civile élabore un dispositif décliné dans les différentes régions du Sénégal et même arrimé aujourd’hui aux départements. Toutefois, le manque de moyens constaté dans les échelons locaux constitue un réel handicap.

Quels outils et méthodes préventifs doivent préconiser l’Etat et  les Collectivités locales dans leurs stratégies de développement territorial ?

L’Etat

Il nous semble un peu prétentieux de formuler des recommandations destinées à l’Etat eu égard de ses énormes moyens.  Nous pouvons toutefois rappeler qu’il  est le garant de la sécurité nationale. Il doit mettre une bonne information à la disposition des Collectivités locales, bref de tous les citoyens. La cartographie des risques naturels est un des outils pertinents d’aide à la décision. Ce service relève de la DTGC (Direction des Travaux Géographiques et Cartographiques) qui est rattachée à l’ANAT (Agence Nationale de l’Aménagement du Territoire) qui se distingue par un manque de moyens corrélatifs à sa vision. Il faudrait donc encourager cette institution à élaborer des cartes sur les risques naturels et l’élaboration urgente d’une loi d’orientation sur l’Aménagement du Territoire (LOAT).

Au Sénégal, nous avons l’habitude de riposter à la place de l’anticipation. Or le déclenchement d’un aléa ne demande pas d’autorisation pour émerger. La faiblesse de nos politiques de prévention, ajouter à une bonne dose de vulnérabilité de nos Collectivités locales nous donnent des catastrophes énormes et au meilleur des cas sur le plan économique. Il revient donc à l’Etat de veiller au respect strict de tous les Codes notamment de ceux ayant une incidence spatiale (Urbanisme, Environnement, Forestier, Minier, Littoral….).

Les Collectivités locales

Comme énoncé plus loin, le Cadre de SENDAI (2015-2020) a réitéré la place des collectivités locales dans la prévention des catastrophes et l’Acte 3 de la décentralisation par son instrument juridique décliné dans le Code Général des Collectivités locales avait déjà donné des couleurs.

Elles doivent outiller leurs territoires respectifs de documents de planification spatiale notamment. Et une fois les documents réalisés d’encourager au respect des orientations définies. Le recours à l’Aménagement du Territoire est important dans le sens que celui-ci leur permet de disposer d’une bonne cartographie mais également un appui de taille dans les processus de lotissement et surtout la maîtrise de leur limite territoriale.

Les Collectivités locales doivent en marge des documents de planification habituelle, élaborer des plans, des comités de prévention des risques naturels à l’échelle communale, départementale et intercommunale si nécessaire.

La société civile et les médias

Leur place reste déterminante dans les stratégies de prévention. Il s’agit d’enrôler les Associations (surtout les ASC), les organisations communautaires de base (OCB), les ONGs, et les médias dans tout le processus de prévention des catastrophes.

Le secteur privé et les partenaires au développement

L’enjeu est d’impliquer dans les stratégies de prévention des risques naturels le secteur privé et de tous les partenaires qui s’activent ainsi que d’autres susceptibles d’intervenir sur le territoire. Ils disposent de moyens financiers, logistiques, de connaissances… susceptibles d’appuyer l’effort local.

POUR conclure, nous pouvons retenir de cette réflexion que parler de DEVELOPPEMENT territorial sans une maîtrise des risques relève de l’utopie. Aujourd’hui, le contexte national et international (en perspective de la Conférence de Paris et de celle de New York) reste favorable  d’inclure dans tous les documents de planification des mesures préventives  de gestion des risques naturels.

Daouda Thiandoum,

Aménagiste, Urbanisme et Géomarketing

dthiandoum@yahoo.fr

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