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PRATIQUES URBAINES DANS UNE VILLE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE : Focus sur une rue de Dakar

Posté par: THIANDOUM Daouda| Mardi 02 janvier, 2018 22:01  | Consulté 222 fois  |  0 Réactions  |   

Nous sommes le 1 janvier 2018, il est 11h55 dans une rue de la capitale sénégalaise, Dakar. Pour le géographe que je suis, notre premier outil semble-t-il reste le regard. Savoir observer avec une fine analyse, me dit un ami. J’ai donc décidé, de profiter de cet outil en ce jour, à cette heure et étant assis quelques mètres à côté d’un arrêt de bus, de cars « tata » de cars rapides, de calèches, de taxis…Je dois dire que l’opportunité m’est offerte suite à une panne mécanique de mon véhicule. L’idée d’écrire quelques notes provient de ce moment d’attente de l’arrivée du mécanicien.

La rue est par excellence, un lieu où convergent les projections des uns et des autres. On y extériorise nos vécus et hélas sans tenir compte de l’autre malgré sa fragilité. Aucune autorité n’est observée durant ma présence. C’est un défilé continu, gratuit, multicolore et à ciel ouvert. Chacun la pratique selon sa volonté.

Sur mon premier plan, un vendeur de lunettes, de café, d’oranges, de carreaux, de calèches dans l’attente d’une course, d’ordures composées de plastiques, de papiers ornent le décor. Soudain, un client s’arrête devant le vendeur d’oranges. Il lui en achète un, à 50 f CFA. Le vendeur lui épluche l’orange avant de jeter les déchets sur la rue. Le vendeur de lunettes quant ’à lui, dans une tranquillité remarquable, nettoie tendrement son étalage. Les piétons eux, à la recherche d’un chemin, se faufilent pendant ce temps entre les véhicules qui occupent le trottoir.

Au second plan, la chaussée rétrécie par le sable sur ses deux flancs. C’est la convoitise absolue car les usagers dans leur diversité y mènent une guerre sans merci.  Difficile ça doit être pour les néophytes conducteurs de s’y retrouver. En effet, entre véhicules utilitaires, particuliers, de transport, des cyclomoteurs, des calèches, des « pousse pousse », le code de la route y souffre par un manque criard de respect.

En troisième plan, les maisons en construction pour certaines sans le respect total du code de l’urbanisme. Pour les autres, habitées, le cadre idéal n’y est pas (pollutions, sonorités des commerçants et de ce véhicule équipé en hautparleurs, absence d’arbres, d’espaces de détente et de loisirs…).

Sur ma gauche, c’est le total brouhaha  sans aucuns soucis au voisinage. Les ordures également ne sont jamais loin. Les pneus de gros porteurs à l’abandon sont posés sur le mur. Les tables et chaises attachées sur le poteau de l’éclairage public. Plus loin, des bonbonnes de gaz à ciel ouvert, des vendeurs de fruits, de cacahuètes vaquent tranquillement à leurs occupations.

Sur ma droite, une quincaillerie qui expose ses marchandises sur le trottoir, des vendeurs de chaussettes et d’habits, des calèches en stationnement sur la chaussée. J’allais terminer cette réflexion mais les klaxons d’un automobiliste me poussent à l’intégrer. Voilà le décor d’une rue de Dakar et la projection de nos différences qu’elle traine inlassablement.

Pour l’urbaniste que je suis également, je dois proposer des stratégies pour sortir de cette situation décrite. Nous avons une mission principale à savoir gérer la ville dans toutes ses composantes. Nous tavaillons certes dans la planification mais surtout dans l’opérationnalisation confinée dans un cadre juridique qu’est le code de l’urbanisme. Des schémas et plans sont élaborés pour gérer convenablement la ville. Seulement en Afrique, Jérôme Chenal disait que l’on ne créait pas des villes mais plutôt des habitats. La ville englobe l’habitat qui en est un de ses composantes. Une telle configuration renforce l’étalement urbain sans l’accompagnement nécessaire pour les pratiquants de la ville. L’exode rurale, inter et intra urbaine contribuent à une croissance non maitrisée de nos villes. Celles-ci s’étirent continuellement sur les zones rurales et périurbaines accentué par un développement fulgurant des transports en commun qui contractent les distances.

Dans une dynamique de corriger cette situation, il était important pour moi de produire quelques recommandations :

faire la ville sur la ville est possible (restructuration, réhabilitation notamment);  anticiper sur les demandes foncières qui restent plus rapides que les aménagements primaires notamment les VRD (Voiries, Réseaux divers) ; outiller les collectivités territoriales en document de planification spatiale et veiller au respect de ses orientations doter de moyens appropriés aux collectivités territoriales en termes de personnels qualifiés pour gérer convenablement cette compétence décentralisée ;  mettre en place de politiques incitatives et/ou dissuasives sur les choix de localisation des usagers de la ville ;  communiquer et sensibiliser les usagers de la ville sur les bonnes pratiques ; faire respecter le code de l’urbanisme.

Nous avons des pratiques qui n’obéissent à aucune loi et chacun d’entre nous y fait comme bon lui semble. Un ami me disait de faire la différence entre être instruit et être éduqué. Pour lui, quelqu’un avec un bac + 10 est bien instruit de surcroît mais peut ne pas être éduqué.

Remodelons donc notre volonté de vivre en commun en respectant les règles dont nous nous sommes fixées.

Daouda Thiandoum

Aménageur, urbaniste et géomarketeur

dthiandoum@yahoo.fr

 L'auteur  THIANDOUM Daouda
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THIANDOUM Daouda
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