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UNE AUTRE STRATEGIE POUR ATTEINDRE L'EMPLOI DES JEUNES DE LA BANLIEUE DAKAROISE

Posté par: THIANDOUM Daouda| Lundi 03 septembre, 2012 20:10  | Consulté 1161 fois  |  0 Réactions  |   

 En regardant le quotidien Le soleil daté du 26 novembre 2009 et qui porte sur l’emploi des jeunes dans la banlieue, j’ai décidé de voir comment on peut booster le secteur de cette belle initiative. Au par avant, j’ai porté une analyse sur le bilan de l’agence (OFEJBAN) chargée de promouvoir cette politique dans la banlieue après 23 mois d’exercice. Celle-ci a donc crée 613 emplois répartis comme suit :


• 250 jeunes en entretien au PCCI (Premium Contact Center International)
• 291 formés pour le programme de pavage des rues chez AGETIP (Agence d'Exécution des Travaux d'Intérêt public)
• 60 en formation chez CCBM (Complexe Commerciale Bara Mboup) pour les magasins référents
• 10 en recyclage pour le permis de conduire tricycles….
• 25 sélectionnés pour la pisciculture, l’horticulture……
• 10 sélectionnés pour la formation et l’insertion avec le plan REVA (Retour Vers l'Agriculture).


Certes je ne peux qu’encourager de tels projets mais je voudrais à travers ma modeste contribution critiquer certains emplois qui me semblent à des années lumières des problèmes locaux avant de proposer quelques pistes pour l'envoler de ce secteur.

Prenons l’exemple du PCCI et de l’Agetip qui cumulent respectivement 250 jeunes pour le premier et 291 jeunes pour le second. Ce qui fait donc un total de 541 sur 613 emplois, soit une proportion de presque 90%.

Le groupe PCCI, est un centre d’appel localisé à Dakar qui se distingue par la rigueur de ses recrutements. Sur 100 candidats sélectionnés, ils ne retiennent que 5 ou 10. De plus en plus d’ailleurs ils limitent leur embauche car souffrant d’une concurrence accrue. Le gros marché de cette entreprise se trouve en France or depuis l’arrivée du Président Sarkozy, avec sa politique de lutte contre le chômage et la relocalisation des entreprises et de certains services sous-traités à l’étranger, le PCCI de même que CALL ME (Groupe Chaka) rencontrent d’énormes difficultés.


Je ne conçois pas donc l’obtention d’un entretien comme un emploi. Certes, c’est une étape indispensable qui permet aux recruteurs de mettre un visage sur un curriculum vitae et d’évaluer les motivations d’un candidat. Mais ce n’est donc point un emploi, plutôt le prélude dirai-je.

Concernant l’Agetip, c’est une agence d’exécution du gouvernement qui a été créée par l’ancien régime au pouvoir. C’est donc dans cette agence où sont formés 291 jeunes qui auront comme mission le pavage des rues. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit de couvrir le sol d’une rue. Nous avons tous vu ces braves jeunes dans les rues de la banlieue pour libérer le sable de la chaussée sous la chaleur, la poussière et les fumées toxiques que dégagent les pots d' échappements des véhicules. Cependant et malgré les efforts déployés, le sable finit toujours par regagner la chaussée. Dès fois je me dis qu’un tel travail a une importance capitale mais la façon de le faire ne sert pas grand-chose. Il n’y a pas de vision systémique pour la résolution de ce problème. Si ajoute que le pavage des rues est une compétence communale dans le cadre d’une rue à l’échelon de la commune et départementale dans celui du département. Encore une fois cela montre les limites de la décentralisation qui sera ma prochaine réflexion.

En résumé, le bilan de cette agence me semble très mitigé dans la mesure où la plupart de ces emplois ne sont pas durable et quand on donne un emploi à un jeune, il faut lui permettre d’aimer son activité jusqu’à l’envi de la partager avec les plus jeunes. Pire encore, je me demande si je peux utiliser le terme « emploi » dans la mesure où c'est une présélection. Le candidat n’est donc pas sûr de décrocher l’emploi postulé.

Voilà pourquoi, il me semble juste de faire des propositions. Et comme je l’ai dit dans mes lignes précédentes l’objectif est de booster le secteur par d’autres mesures et d’autres méthodes.

L’Etat doit encourager les jeunes à se mettre à leur compte en créant leurs propres entreprises. Il doit leurs faciliter toutes les démarches au préalable en les octroyant des crédits pour le démarrage de leurs activités. Il doit aussi fidéliser les entreprises locales en leurs apportant une meilleure visibilité pour l’expansion de leurs activités et de la, les encourager à recruter.

Pour se faire, il faudrait dans un premier temps une concordance des dispositifs d’aide à la création d’entreprise existant au niveau local. Autrement dit, la coordination sous forme de guichet unique dans lequel passe toutes les informations relatives à la création d’entreprise.

Dans un second, de faciliter l’aide financière à la création d’entreprise. La plupart des jeunes de la banlieue pensent que la perception de cette aide est relative à des logiques de clientélisme politique. L’Etat doit garantir les prêts bancaires aux porteurs de projets.

Et dans un troisième temps, il faudrait renforcer l’accompagnement technique des créateurs avant la création et au cours des premières années d’existence de leur entreprise.

L’Etat doit également valoriser les emplois publics locaux. En effet, la décentralisation de 1996 a doté des compétences aux collectivités locales. Je ne pense donc qu’il faille mettre en relief cette agence au détriment des entités territoriales qui peuvent générer plusieurs emplois locaux dans le cadre de leur politique de ville. L’action sociale et sanitaire, l’aménagement de l’espace et l’équipement, l’éducation, la culture, la petite enfance, le sport, le patrimoine, les actions économiques…..constituent des domaines porteurs dans lesquels plusieurs emplois peuvent émerger. Il suffit de voir le dynamisme et la solidarité que les jeunes des banlieues font prévaloir durant les « Navétanes ». Le savoir faire, la créativité et la pérennité des différentes initiatives issues de ces mouvements populaires doivent être une priorité non seulement pour les autorités locales mais également pour l’Etat qui doit écouter, encourager et soutenir.

Les entreprises locales ne doivent pas être en rade car il faudrait les mobiliser. Le MEDES (Mouvement des entreprises du Sénégal) doit être un levier sur lequel l’Etat doit s’appuyer sans pour autant se séparer des entreprises non affiliées à cette structure.

Pour se faire, la rencontre entre l’offre d’emplois et la demande des jeunes de la banlieue doit être une nécessité. Le récent recensement du Président de la République allant dans le sens de connaître les chômeurs présents dans la banlieue constitue une belle initiative. De même que la création du pôle emploi dont la promotion est faite par la RTS (Radio Télévision Sénégalaise) est également un outil à saluer. Tout cela doit être comblé par la mise sur pied d’un correspondant national pour chaque entreprise, une évaluation de la mise en œuvre effective de l’engagement des entreprises par des comptes rendus fréquents et la tenue de bilans réguliers donnent lieu à une communication publique.

Les Sénégalais de l'extérieur porteurs de projets doivent mériter toute l'attention de nos autorités. L’Apix (Agence nationale chargée de la Promotion et de l'investissement des grands travaux) a certes rendu facile les différentes démarches pour la création d'une entreprise mais dans le cadre de la lutte pour l'emploi des jeunes de la banlieue, il me semble opportun de créer un haut commissaire chargé de cette mission et qui sera rattaché directement à la primature.

Il n'y a pas de territoires sans ressources, ce qu'il n'y a pas c'est la définition claire et précise d'une stratégie de développement local d'une part et de l'autre le manque de personnes compétentes pour le management des projets territoriaux. Dès lors, il faudrait bien entendu combler cette faiblesse et de responsabiliser les habitants de la banlieue par des actions ciblées tout en mettant en lumière l’entreprenariat locale. Celle-ci passera non seulement par une reconnaissance étatique mais également par une couverture médiatique comme c'est le cas au Mali et en Côte d'ivoire. Avec des émissions de télévision et de radio organisées dans ce domaine qui métreront en lumière la réussite de ces braves femmes et hommes en banlieue, Voilà de belles initiatives qui pourront dans le court terme persuader nos jeunes à croire à leur avenir et surtout à leur pays au grand bénéfice de toute la nation sénégalaise.


M. Daouda Thiandoum
Urbaniste-aménageur

 

 L'auteur  THIANDOUM Daouda
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Mots Clés: EMPLOI, JEUNES, BANLIEUE, DAKAR
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THIANDOUM Daouda
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